Clermonde

Clermonde

Nathalie Culot

Nathalie Culot

Michel Graff

Michel Graff

Emmanuelle Gutierres Requenne

Emmanuelle Gutierres Requenne

Francine Ledieu

Francine Ledieu

Tristan Rà

Tristan Rà

Clermonde

Un long passage à travers la « représentation » des images. Quarante années d’une vie de peintre… Toujours le questionnement de l’au-delà, l’en-deçà de nos regards, de nos perceptions. Et toujours le refus d’embrasser l’abstraction, le « non figuré », dans une motivation sous-tendue par la volonté. Il me fallait l’approcher par moments et revenir vers ce dont j’étais plus familière.

Le virage, s’il en est un, s’est produit lorsque plus « rien » (Nada) ne m’est semblé valable, possible, réel. Traversée mystique. Nuit obscure des sens, de l’âme.

Quarante ans de peinture. Je commence tout juste à intégrer l’idée de la lenteur. L’idée du temps qui prend son Temps. Naissance calme. Nouvelles pistes, comme des expériences à mener dans une peinture toujours nouvelle et à venir. Écritures, calligraphies spontanées qui entraînent le geste du mouvement. La grâce du mouvement.

La notion de Transcendance s’est imposée comme une constante. J’y ai retrouvé d’une certaine manière mon amour de l’arbre. De la représentation de l’arbre. Et puis... et puis ce qui relie la terre au ciel. Et puis… cet axe qui est notre schéma corporel. Organique, vertébral, souffle… Pilier vibratoire de forces, lumières, ombres affirmation de soi, fragilité aussi.

Dans le silence de mon atelier, c’est le mot « Échelle de Jacob » qui a pris sa place.

Comme une lecture archétypale du corps humain dans toutes ses dimensions. Les Taoïstes parlent du « Souffle-Esprit ». Comment l’exprimer mieux ?

Clermonde

Nathalie Culot

D’abord peintre, la découverte du carton retravaillé, compressé, empilé, malmené, comme matériau artistique a incité Nathalie Culot à l’audace des expérimentations et des volumes.

Dans ses tableaux-sculptures, technique artistique à part entière, l’artiste, diplômée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, exprime sa fascination pour le végétal et pour les particularités esthétiques des écorces des arbres. 

« A l’origine de ce travail, la fascination qu’exercent sur moi les arbres : ceux-ci, symboles de vie, source d’oxygène et d’équilibre climatique portent les traces de la mémoire du temps qui passe.

Arbre généalogique, arbre de vie ils représentent ainsi l’élévation de l’âme.

L’observation attentive, la contemplation des écorces nous plongent dans un monde de sensations primitives.

Le carton, issu de recyclage des déchets de l’industrie du bois, inspire aussi un intérêt artistique par son statut de produit jeté, abandonné.

Renvoyant au cycle de vie arbre-papier, il nous amène à repenser un monde où le futile doit être utile, et où le consommable ne présente plus d’intérêt. 

Il s’agit ainsi de créer en revenant d’où on vient, de se rappeler à la nature et au vivant. Travailler dans la matière même et s’y perdre ».

Loin du tapage et des effets, Michel Graff peint le silence et la sérénité. Paisible et déterminée, sa démarche est empreinte d’une force tranquille étonnante.

La robustesse quasi sculpturale de sa composition contraste avec la sensualité d’une touche lumineuse, subtile, dont le chromatisme, sans cesse ravivé capture notre regard. Patiemment, de touche en touche, de vibration en vibration, Michel Graff investit son espace avec une rare intensité, de sorte que, notre regard se promène et s’égare, sans jamais s’ennuyer.

Héritier de Serge Poliakoff et de Nicolas de Staël, Michel Graff se singularise par une mise en scène, spécifique, audacieuse, combinant volumes colorés et espaces vibrants infinis. C’est une œuvre pertinente qui s’inscrit parfaitement dans l’histoire de l’art abstrait de la deuxième partie du XXème siècle.

Destarac - novembre 2011

Artiste, peintre, plasticienne, diplômée des Beaux-Arts de Paris, Emmanuelle Gutierres Requenne explore la richesse de la matière et des tons. 

Elle s’approprie et transforme des motifs naturels pour initier un dialogue sensible. 

Elle aime parcourir le thème du passage, entre intérieur et extérieur jouant avec la forme des portes ou des fenêtres ; elle utilise aussi le passage du temps, qui patine l’œuvre, le bois et le métal.

Les matériaux devenant au fil des années prédominants dans son évolution artistique, ses recherches plastiques la portent vers l’abstraction. 

Elle transforme les images figuratives de la vie quotidienne. Ouvertures et passages deviennent des percées vers l’ailleurs. Elle travaille les fonds avec fluidité, suggère l’espace en créant la profondeur. Elle insère des motifs fondus qui guident le regard et le porte au loin. Elle joue avec les lumières et le reflet des matériaux. 

Une palette de couleurs subtile et nuancée installe la composition. On peut y voir une allusion discrète mais profonde au peintre Pierre Bonnard qui inspire son travail depuis plusieurs années. 

Elle privilégie la peinture à l’huile, sur supports variés (bois, métal, papier, toile) mais traverse les techniques et les assimile avec délicatesse à ses très grands comme à ses très petits formats.

Le mode mineur convient à cette artiste pudique qui confie au papier ses moments fragiles glanés au quotidien. Sa sensibilité la prédispose à en lire toute la subtile poésie.

En quelques touches, quelques traits, elle campe une scène. Cette moisson porte sur une trentaine d’années passées à entretenir son regard aigu avec ce qui l’entoure. Dans la ville, en voyage, dans l’intimité d’une vie sans histoire, elle dialogue avec son art. Elle dessine comme le musicien joue de son instrument. D’abord pour elle. Là, à l’écoute d’une sonorité, ici à l’écoute de l’harmonie lumineuse qu’elle sait transcrire sur un support modeste. Jamais d’éclat mais le ton juste. Un chromatisme qui fait merveille justement parce que sa palette ne clame pas. La touche au bon endroit, la vibration s’en suit, complémentaire de ce qui précède. Dans l’ombre de son maître Bertholle, elle a entendu le message d’une composition équilibrée à l’unisson de son expression. On se promène dans ses œuvres comme le long des pages d’un récit. Chaque œuvre a sa nuance.

Lydia Harambourg

De Tombouctou à Jérusalem, du Maroc à l’Inde, des Marquises à Venise, Tristan Rà a le nomadisme ancré en lui… De toutes ses escales et de bien d’autres il a rapporté une foi inébranlable en la lumière et la couleur.

« J’aime la couleur, je suis proche des expressionnistes allemands comme August Macke puis Dufy, Matisse, Braque, Picasso ou Gauguin qui a ouvert les portes à l’art moderne. J’ai besoin d’avoir un déclic, il me faut avoir le goût de la couleur dans la bouche, le bruit de la rue, les sensations. »

Souvent, Tristan Rà a peint dans la rue, comme à Jaïpur ou à Jérusalem. « C’est une difficulté dont je me sers pour définir la couleur. »

Toujours, il a redonné souffle et force à l’art du paysage en tordant les façades et les toits, en incurvant les lignes et en basculant les volumes.

Il y a du Nabi et du Fauve dans son travail, dans la primauté qu’il donne à la couleur. C’est elle qui construit la forme et l’espace de l’œuvre parfois même plus que le trait.

Cette couleur il faut s’y abandonner quand, sous la force de la lumière, le bleu vibre, les ciels deviennent rouges, les ocres se font jaune acide et les portraits de rencontre apparaissent, saturés de sensations.

Quant aux natures mortes, leurs compositions à perspective très relevée s’organisent autour de tables couvertes de riches tissus d’ornement, de théières ou de cithares et encore et toujours, toujours, inondées de couleur et de lumière.

Jean-Paul Couret

Florence Kami

Florence Kami

Jean-Patrice Oulmont

Jean-Patrice Oulmont

Stéphanie Wezemael

Stéphanie Wezemael

Florence Kami suit un parcours solitaire et intime dans la mouvance du « recup’art ». Son passage du brut à l’ouvrage en trois dimensions est plus qu’une manipulation, c’est la concrétisation d’une lente maturation qui nous rappelle une phrase de Lavoisier : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ».

Les objets qui envahissent l’atelier que Florence appelle « la pièce unique » ou « l’antre de mon âme », sont glanés, ou chinés, solitaires, déchus.

Ils s’offrent à Florence qui les débarrasse des stigmates de l’abandon et par la même de leur inutilité. Ils se joignent les uns aux autres et, dans une sorte de métempsychose collective, ils se groupent sous l’effet d’une pulsion. Florence va leur donner une âme, la sienne.

« Je travaille à partir de vieux outils que je soude à l’arc pour leurs redonner une deuxième vie. Ce sont eux qui dirigent mes créations et s’assemblent pour former un bestiaire. Mon travail est aussi réalisé à partir de métal découpé, chauffé et formé qui réveille un monde plutôt humanoïde ».

Les premières réalisations sont brutes, comme façonnées par un Vulcain dans le feu de la forge. C’est le bestiaire digressif, lourd, massif comme la matière dont il est issu mais habité d’une violence poétique. Puis les coupes s’allongent et s’étirent dans un rendu moins opaque. Florence nous livre des réponses parfois humoristiques à des interrogations.

Luis Gadea

« Je poursuis depuis plus de 25 ans mon travail de sculpture. Dès le début j’ai commencé à utiliser le bois en étant bien conscient qu’à travers lui, matière à sculpter, c’est de l’arbre dont je voulais parler. L’arbre comme fil conducteur, l’arbre comme l’inspirateur de ma recherche. J’avais envie de parler du vivant, de la façon dont il me touche, me fascine, et c’est grâce à l’image, la proximité de l’arbre que j’ai pu le faire.

Il représente pour moi, parmi les êtres vivants, un représentant essentiel pour l’homme, un être majeur très évolué, à la fois si proche et si différent.

J’aime interroger cette relation et sans cesse la reconstruire, en essayant d’y restituer par mon travail le sentiment d’une présence en délicate simplicité. »

Jean-Patrice Oulmont

Comme les cathédrales et les arbres qui leur donnent matière, les sculptures de Jean-Patrice Oulmont sont un symbole de la volonté d’élèvement des hommes vers un ciel à jamais hors d’atteinte.

Tout se passe à Cantegril, sur les côteaux de l’Ariège.

Le travail commence par une longue observation, une discussion silencieuse avec les troncs. Il se poursuit dans la douceur et le respect. On ne saura jamais qui de la veine du bois ou de la main du sculpteur aura fait naître l’œuvre mais qu’elle soit élancée, feuilletage délicat ou bloc à la limite de l’abstrait, elle sera toujours porteuse de sérénité et poésie. 

Jean-Paul Couret

Fil de fer et papier mâché, dessin, peinture et cinéma d’animation, Stéphanie Wezemael butine mais son fil d’Ariane est tendu comme un câble de funambule. Il s’enroule autour des mots création, poésie et légèreté, imaginaire et précision, finesse et sensibilité, humour. 

Stéphanie est jeune. Sa vie d’artiste, longtemps accompagnée de petits métiers et d’études d’histoires se concentre désormais sur sa recherche autour du fil de fer et du papier, de l’animation, de projets associatifs et la quête d’un atelier. »

« Pour moi, la création est un processus lent, au cours duquel convergent la pratique du dessin, des recherches autour de la couleur, le travail de la ligne, croquis au quotidien, expérimentation de toutes sortes. »

Une voie nouvelle s’est ouverte lorsque le papier journal lui a 

révélé sa richesse à travers la variation de ses couleurs, la typographie et ses différents motifs. Stéphanie lui a associé la finesse du fil de fer et la transparence des calques.

Ainsi sont nés d’improbables personnages comme cet Oncle de Cuba, de surprenants animaux, des mobiles que rien ne semble pouvoir empêcher de s’envoler, un cirque éblouissant de poésie graphique avec ses fragiles équilibristes et funambules que ne soutiennent que la poésie et la grâce de Stéphanie. 

Jean-Paul Couret

Manon Berthellot

Manon Berthellot

Sylvian Meschia

Sylvian Meschia

J’aime la terre. La toucher, la sentir, la modeler et lui offrir une métamorphose par le Feu.

Je la modèle à la main en érigeant des formes autour du vide.

J’essaye d’être au plus sensible et au plus proche de ce qui m’anime dans l’instant.

Le long polissage des céramiques à la pierre d’Agate est un geste qui s’inscrit dans une patience minutieuse ; offrant aux formes la douceur d’une patine, la présence d’un temps-silence, d’une pause.

Le feu, de sa caresse, transforme l’objet et lui permet des métamorphoses magnifiques.

Les fours primitifs et éphémères que je crée me permettent d’être dans une approche empirique et sensible, loin de tout perfectionnisme et au plus proche de l’imprévu. 

Je laisse faire tout en apportant ma présence et mon attention.

Cette cuisson au bois révèle les terres, elle offre des traces de flammes subtiles, des enfumages qui épousent les rondeurs, notamment sur les terres « Sigillées » élaborées avec de très fines argiles décantées. Pour épouser les formes je crée des enfumages, des décors de fumée inspirés des analogies que je trouve dans le monde minéral, végétal, animal… 

J’essaye d’être dans le geste, de m’imprégner de la forme et de sa dynamique. A l’écoute d’une harmonie silencieuse qui se passe dans la rencontre Terre-Feu, j’essaye de capter l’imprévu et de laisser l’instant raconter des histoires.

Ces formes en recueillement accueillent le Vide, le Plein. Chacun se l’approprie avec son histoire. 

Manon Berthellot

Sylvian Meschia est né dans le sud de l’Algérie « là où y a les dieux, les hommes et les sorciers, ceux qui travaillent le feu ».

 « J’ai appris l’arabe sur des ardoises de terre sur lesquelles je passais un chiffon mouillé, comme une vague sur le sable. Écrire, Effacer, un geste millénaire. Déjà les tablettes d’argile et leur mémoire infinie… »

Sur cette enfance et ces ardoises, Sylvian Meschia a construit une œuvre au souffle méditerranéen empreinte du plaisir de caresser et modeler l’argile, de faire corps avec elle. Une œuvre vouée à la céramique, ses secrets chèrement percés, ses techniques lentement apprises.

 Il crée des jarres, des boîtes aux teintes chaudes, relevées d’aplats d’un bleu de la Méditerranée où d’un sceau chinois rouge feu, parfois noires et blanches comme pour rappeler la simplicité de l’encre et du papier qui conduit à la profondeur de la civilisation.

« Comme céramiste, je suis directement relié aux millénaires qui m’ont précédé, aux tablettes sumériennes, aux peintures rupestres, aux graphismes archaïques et stylisés. 5000 ans après, je crée mes tablettes d’écriture. Toute ma création est Écriture. »

Les céramiques de Sylvian Meschia sont ainsi devenues le support d’une calligraphie à nulle autre pareille. Il a inventé une écriture issue de sa tour de Babel imaginaire, abstraite, chargée de légende, de références aux signes de toutes les civilisations.

« J’invente chaque jour la ‘céramique fusion’, ce mélange de toutes les cultures, de toutes les mémoires. »

Jean-Paul Couret