Christian Perrier : Formes Tremblées

Dans la lignée des « œuvres qui ne disent pas tout tout de suite » qu’elle présente et défend, la Galerie cachée expose les « Figures tremblées » de Christian Perrier du 15 septembre au 17 octobre sous les Couverts de Mirepoix.

Bien audacieux celui qui essaiera de classer ces peintures en acrylique sur papier marouflé dans le sempiternel débat entre figuratif et abstrait voire figuration et non-figuration. Christian Perrier ne l’aidera pas.

S’il affirme : « En peinture, comme pour le dessin, je me tiens, autant que faire se peut, à distance de la figure. Pour moi la figuration est synonyme d’anecdote, de de bavardage », il ajoute : «Pourtant des figures se sont imposées dans mon travail.» Mais que sont donc ces « figures » quand le regard s’y arrête ? Elles évoquent des objets, pots ou vases, des rocs, des fleurs, à l’exception notable de toute figure humaine. Toutes apparaissent vite improbables et se perdent dans l’incertain.

« Ce sont des outils, des formes prétextes propres à exprimer mes obsessions : dire la débandade des formes, la dissolution, l’apparition et son démenti tout en affirmant le bonheur du geste tremblant, maladroit, balbutiant, redondant, iconoclaste en somme,» dit Christian Perrier.

Mais pourquoi qualifier ces ‘figures’ de’tremblées’ ?

Plusieurs séries de peintures ont été ainsi nommées parce que « je voulais rappeler un caractère hésitant du trait, en même temps qu’affirmer l’aspect ambigu et vague des formes », répond-il.
« Je voulais qu’elles apparaissent comme des sortes de spectres émergeant du brouillard. »

Attention, ce n’est là que pistes car comme l’a énoncé Marcel Duchamp « c’est le regardeur qui fait le tableau ». Christian Perrier ne s’inscrira pas en faux contre cet adage ni d’ailleurs contre celui de Georges Braque: « Écrire n'est pas décrire, peindre n'est pas dépeindre. La vraisemblance n’est que trompe l’œil ».

Associer écriture et peinture dans une même philosophie convient parfaitement à la personnalité et au parcours du créateur des « Figures tremblées ».

Né en 1950, Christian Perrier est entré dans l’âge d’homme en tant qu’étudiant en lettres classiques. Cette partie de sa vie l’a conduit à l’agrégation.

« Je peins depuis mon adolescence mais je n’ai pas suivi de formation artistique au sens scolaire du terme. Ma formation s’est faite en fréquentant les galeries et les musées et par une pratique opiniâtre des outils et des matériaux, », dit-il.
Cet apprentissage lui a permis de « ne pas subir la tyrannie (des écoles d’art) et de composer avec le complexe (résolu) du peintre autodidacte, donc libre », précise-t-il.

Christian Perrier ne cache cependant pas que son parcours a été « chaotique et douloureux. « Au cours des années 90 j‘ai eu le sentiment que mon activité artistique « était dans une impasse. Je m’étais fourvoyé dans une course à l’avant-garde,», raconte-t-il. « J’ai donc arrêté de peindre pendant presque dix ans (...) Il s’agit désormais pour moi de revendiquer les acquis de l’art moderne, d’assumer l’héritage de quelques figures marquantes d’une histoire lointaine ou propre : Chardin, Morandi, Loutre B, Cy Twomby.»

Dans ce panthéon personnel figurent aussi Bonnard et Zurbaran sans oublier Gustave Courbet qu’il tient pour « un peintre total ». « A 66 ans, avec une recherche picturale de bientôt trente année, je commence seulement à entrevoir les possibilités et les limites de mon travail de peintre ,» conclut-il.

Jean-Paul Couret

NB : Les citations du texte proviennent de conversations avec Christian Perrier, et du livre « Le tumulte silencieux de la peinture – Dans l’atelier de Christian Perrier » de Pierre–Jean Brassac - Editions Monts déserts.

Il m'arrive d'esquisser des figures. Végétaux anonymes, ustensiles approximatifs, architectures improbables. Pour aussitôt vouloir les défigurer, les déformer, les abolir, les raturer. Pour éviter l'image. Parce que l'image enferme, bride l'imaginaire, sombre dans l'anecdote, la littérature. Pour permettre le vagabondage du regard il me faut donc gauchir le trait, égarer la couleur, brouiller les formes afin que naisse l'ombre d'un doute sur ce que l'on a cru voir. Que le désir vienne de cette faille.

Qu'affleure une qualité d'incertitude. Que se côtoient et se confondent la lumière et la substance, que les couleurs, blafardes et indécises virent et chancellent en un palimpseste de repentirs, de fausses pistes, de redondances raturées où vont s'inscrire le temps, la mémoire, la succession des tentatives, les espoirs fous et les illusions amères Il ne s'agit pas d'imiter la nature mais de mettre à nu des sensations à travers la matière picturale, d'exhiber la crudité, voire l'obscénité du réel.

A travers ces figures à peine entrevues, identifiées et sitôt englouties dans le maelstrom équivoque de l'informe, il s’agit de dévoiler la présence tremblante et menacée des choses que l’usure du temps a comme fossilisées. Chairs meurtries de cicatrices, formes extenuées qui aspirent au minéral et dressent gauchement leur écho dérisoire contre le grignotage du néant.

Christian Perrier

Ce sont des formes tout d'abord que l'on croit reconnaître mais qui, lorsque le regard s'arrête, s'échappent, se transforment, laissent place à l'incertain. Des vibrations infimes de nuances cueillent alors le regard et l'invitent à se perdre dans ces brouillards équivoques, ces empâtements crayeux au coeur desquels des trouées lucides, nacrées, laissent croire qu'on peut en réchapper.
Monique Franklin

C'est un rendez-vous avec ce qui taraude la satin de nos certitudes. C'est un face-à-face avec le goutte-à-goutte d'une encre magnétisante. C'est un tête-à-tête avec la peinture inapprivoisable pour le bonheur inquiet de ces portefaix de l'infime que nous serons jusqu'à la mort de la couleur.
Joel Frémiot

 

Fleurs De Terre
Girgenti
Lueur
Morandisme
Nature Morte
Ombre De Fruits
Sans Titre 2014
Sans Titre 2015
Stele
Stupa
Tentation
Traces

Christian Perrier : Parcours

www.christian-perrier.com
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Né en 1950. Vit et travaille à Bourges (cher)
Études de lettres classiques
Peint depuis 1974
Cesse de peindre en 1998 jusqu'en Aout 2008
de 1980 à 1985 anime la revue d'art contemporain en région Centre ICI et LA
Membre du collectif "treize peintres"

Expositions personnelles récentes :

2014  
Mai Juin : Galerie R9 St Sauveur en Puisaye (Yonne)
Aout : abbaye de Fontmonrigny (Cher)
Septembre /Octobre : Galerie l‘étang d’art Bages (Aude) 
Galerie Arts pluriels Nantes

2015
Galerie Cravantaise (37) 
Galerie T Middleburg (Pays bas) 
Maison des arts Barcarès 
La tour de Vevres Neuvy les deux clochers (18)

2016
Galerie la Métisse d'argile ST Hippolyte

Expositions collectives récentes :

2015
Galerie Gaia Nantes Galerie Bourreau Ravier Noirmoutier
Le château d'eau Bourges avec le collectif 13 peintres
La Galerie cachée Mirepoix (09)

2016
Abbaye de La Prée dans le cadre du printemps des poètes
Triennale d'art contemporain espace Lahitolle Bourges
13 peintres au fort Rammekens (Zeeland)

BIBLIOGRAPHIE :

2013 « Livre Pauvre » dans la collection dirigée par Alain Leuwers

2014 « Neige n’est pas loin » édition avec le poète Alain Freixe

2015 18 peintures pour une anthologie Bilingue des poètes de Zeeland

2016 « Le tumulte silencieux de la peinture; dans l'atelier de Christian Perrier » par Pierre Jean Brassac

2016 Catalogue exposition Fort Rammekens (Pays-bas)