Martine Trouïs : Jours bleus, Jours rouges

La Galerie cachée est heureuse de présenter du 23 avril au 23 mai l’œuvre de Martine Trouïs, peinture abstraite toute en retenue que traversent des signes échappés d’une palette dominée par le bleu, le rouge et le blanc ou plutôt les blancs tantôt chauds, tantôt froids. La peinture de Martine Trouïs est née au Paraguay où la jeune informaticienne travaillait sur le gigantesque projet de barrage et de centrale électrique d’Itaipu à la frontière avec le Brésil. « Il y avait à Asuncion une activité culturelle intense. J’allais au théâtre, dans les galeries » se souvient-elle. « J’ai découvert la peinture, l’abstraction. J’ai vraiment eu envie de m’y mettre ».

L’art de Martine Trouïs qui vit désormais dans l’Hérault n’a pourtant rien d’une exubérance sud-américaine. On aurait même pu s’étonner de la voir exposée au dernier Salon Comparaisons dans l’espace réservé au Grand Palais de Paris à « l’abstraction lyrique » et aux éclats de couleurs d’une Michèle Destarac ou d’un Michel Graff, héritiers de Georges Mathieu qui baptisa le mouvement en 1947. Mais l’abstraction lyrique n’est pas que couleur, elle est aussi inspirée par la volonté d’exprimer les émotions individuelles de l’artiste. « Ce qui m’intéresse, c’est ce que les gens ressentent », confie Martine Trouïs. « Mon but est de faire passer, faire éprouver des émotions, des sentiments. C’est une façon de participer, de communiquer. »

Comment donc voir, apprécier, goûter, savourer la peinture de Martine Trouïs ?

Devant ses grands formats comme devant ses gravures, il faut d’abord se laisser envelopper par des fonds issus d’un travail de grande patience. Chaque couche posée sur la toile est travaillée, lissée. La peinture à l’huile a ses exigences. Elle doit sécher longuement avant que ne vienne la couche suivante puis une autre et encore une autre. Plusieurs tableaux en cours patientent le long des murs de l’atelier. Le grain de la toile disparaît peu à peu. « Le fonds d’un tableau est ce d’où va jaillir, un trait, une émotion, une calligraphie, un signe, une griffure. Tout ce qui va être en surface, affleurer la toile », explique Martine Trouïs. Ainsi apparaissent les rouges, les bleus plus rarement les noirs, les verts. « J’ai commencé à peindre en bleu puis j’ai peint en rouge. Le bleu est revenu il y a trois ans. », confie-t-elle.

Pour les critiques d’art mais aussi pour Michel Pastoureau, historien des couleurs et prix Médicis essai en 2010 pour le livre « Les couleurs de nos souvenirs », les trois couleurs favorites de Martine Trouïs ont du sens. « Le rouge, c’est le feu, le sang, l’amour et l’enfer », écrit-il. « Le bleu est la couleur préférée des Occidentaux (...) Omniprésent, consensuel, il est devenu une couleur raisonnable » au Moyen Age. C’est la couleur qui ne fait pas de vague ». « Quant au blanc », toujours selon Michel Pastoureau, « c’est le symbole de la pureté et de l’innocence »« De l’absence aussi », ajoute-t-il avec pour exemples les expressions « une page blanche (sans texte), une voix blanche (sans timbre), une nuit blanche (sans sommeil, une cartouche à blanc (sans poudre), un chèque en blanc (sans montant). »

Martine Trouïs ne s’inscrit pas dans une telle réflexion. « Je ne suis pas dans cet état d’esprit. Rouge ou bleu, je ne le sens que dans l’atelier. Il y a un côté spontané que je ne veux pas analyser mais les jours bleus, le rouge je ne peux pas y toucher et les jours rouges, le bleu, je ne peux pas y toucher ». Jours rouges, jours bleus, il est temps de laisser la plume à Martine Trouïs.

Jean-Paul Couret

Une des premières choses que je fais le matin, c’est d’ouvrir la porte, sortir regarder le ciel respirer, humer l’air, m’en remplir les poumons, rentrer dans le temps.

Quand les choses se mettent à bouger dans l’atelier c’est cette même sensation, de rentrer dans le jour ; Les étendues d’huile au séchage attendent, espèrent, appellent.

A partir de là tout s’articule, dans un ordre inconnu, mystérieux, un peu magique mais inébranlable. Il s’agit de se laisser faire ou de résister, de guider ou de lâcher mais ce qui régit les gestes et les mouvements procède avec force et détermination. Jusqu’à ce que tout soit juste.

Le tracé qui fabrique les zones, les limites, les contours surgit ou disparait ; sous la tension il façonne, ordonne. Vite ou longtemps, jusqu’à ce que les choses soient à leur place : L’espace, les mouvements et le silence.

Il est ce que j’ai vu, tout ce que j’ai vu, ce que je sens et ressens, ce que j’entends. L’écho des mots, la vibration de pensées, la musique d’un équilibre.

Et puis
Il y a des jours bleus.
Il y a des jours rouges.

Martine Trouïs

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Martine Trouis : Parcours

Née en 1959, scientifique et informaticienne de formation. Elle a vécu 10 ans en Amérique du Sud et en Afrique. Rentrée en France pour la scolarité de ses enfants, elle se consacre à la peinture non figurative. Au fil de nombreuses expositions et salons elle témoigne de son attachement à l’abstraction remise à l’honneur un siècle après son apparition. Elle vit et travaille dans l’Hérault.

2010-2014 expositions personnelles

- Printemps des poètes Janvy (91) avec les poèmes de V. Khoury Ghata
- Festival de musique classique du Vigan (Cévennes)
- Galerie Vivreart – Isle sur Sorgue
- « Collection Gauthier » Centre d’art contemporain Clamart (92)
- La Chapelle des pénitents bleus » Narbonne (11)
- Presbytère de Seix (09)
- Galerie L’œil du huit - Paris 9ème

Expositions /Salons :

2015 :
- Espace culturel Sr Cyprien Toulouse
- Le Somail (11)
- Galerie L’Oeil du huit, Paris IXe
- Salon Comparaisons - Grand Palais Paris.

2014 :
- Salon Réalités nouvelles- Paris
- Salon du Petit format – Bruxelles
- Exposition internationale de gravure – Cadaquès (Espagne)
- Exposition Art’up – Avignon
- Chappelle des Pénitents – Narbonne

2012 : Manifestation des ateliers ouverts du Brandebourg – Wagenitz, Allemagne.

En permanence :

- Renjeau Gallery Boston – Usa
- L’Etang d’art – Bages (Aude).

Interventions / Collaborations :

2015 :
- Municipalité de Janvry (78) : Exposition sur morceaux choisis de l’œuvre poétique de René Char

2012 :
- Collection Gauthier, exposition centre d’art contemporain de Clamart (92)

2011 :
- Printemps des poètes, exposition sur morceaux choisis de l’œuvre de Vénus Koury Ghata. Municipalité de Janvry (78)
- Collaborations au site d’ADA, Association des auteurs de Montpellier avec différents écrivains et poètes (éditions d’art
- Editions Les Cahiers du Museur (Nice) collection à côté « Césure d’être » en collaboration avec Claude Barrère ; tirage à 21 exemplaires.

Evènements annuels :
- Les 111 des arts éditions Toulouse et Paris
- Mini print international de Cadaquès (Espagne)
- L’art dans le ruisseau Conilhac-Corbières (11)

Expositions à venir :

2016:
- La Galerie cachée sous les Couverts – Mirepoix (09) – 23 avril au 23 mai.
- "L'art dans le ruisseau" , Conilhac-Corbières (11) - 16/17 juillet
- Le Vigan, festival de musique classique 18 au 31 juillet
- l'Etang d'art, Bages (11) septembre

2017 : Salon Comparaisons au Grand Palais – Paris.