Rétrospectives 2015-2016

La Galerie cachée présente à partir du 8 décembre l’exposition « Rétrospectives 2015-2016 » avec la participation de treize artistes représentant les mondes de la peinture, de la sculpture, de la gravure, de la céramique et de la photographie.

Tous sont des amis de la première heure de la Galerie. Ils l’ont soutenue avec leur talent, leur ouverture d’esprit et leur confiance en un art contemporain à hauteur d’homme.

Les inviter à participer à cette exposition était pour nous une évidence car elle sera sans doute, certainement, la dernière de la Galerie dans sa forme, son emplacement et son fonctionnement actuels.

Nous reviendrons sur ce sujet plus tard. L’heure est pour l’instant et jusqu’au 8 janvier à un dernier florilège et au regret que trois autres soutiens « historiques » de la Galerie n’aient pu se libérer.

Qui sont donc les 13 qui composeront ce dernier bouquet sous le Grand Couvert de Mirepoix ? Ils sont vivants, ancrés à des degrés et des âges divers à la charnière entre les XXe et XXIe siècles. Leurs œuvres, qu’il s’agisse de peintures, d’aquarelle, d’estampes et gravures, de sculptures de bronze ou de bois, de céramiques ou de photographies ne disent pas tout tout de suite et ne le diront jamais.

Les voici donc regroupés par technique et selon le principe indéfectible de la Galerie cachée, les dames d’abord.


Peinture


En peinture, Clermonde a confié à la Galerie le fruit de ses derniers voyages à Jérusalem.

« Mon travail en peinture se situe depuis des années dans un va et vient figuration-abstraction », écrit-elle. « Je ne cherche pas à figer une démarche, car toute transformation quelle qu'elle soit implique le mouvement et l'exigence d'un parcours apparemment chaotique, contradictoire, instable. Il y a cependant toujours cette nécessité intérieure d'atteindre une plénitude.

Jérusalem. Pourquoi ? Cette ville me passionne depuis très longtemps ; elle représente pour moi le foisonnement, la complexité, la beauté d'un monde dans lequel nous vivons. En même temps l'absurdité, violences, turbulences, déchirements. J'aime la découvrir sous toutes ses formes et couleurs en m'y promenant. Son expression par la peinture me semble un jeu sans fin. Et un bonheur.

Tout pourrait se résoudre dans la beauté des ciels du couchant animés par les appels des muezzins, par les cloches, et la pure merveille des matins cristallins.

Enigme. Mystère. Cette approche m'apparaît sous la forme d'un enjeu véritable, corps-âme-esprit. L'air de Jérusalem est saturé de pierres et de rêves. »

Clermonde-Jerusalem-l-appel-de-la-priere-II

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Felip-Costes-Forme-faillible

Felip Costes est un artiste de la confrontation. Sa dernière visite à la Galerie cachée avait été consacrée à des toiles en acrylique, en équilibre majestueux entre figuratif et abstrait, et à des encres, délicates et subtiles sur le thème de la montagne.

« Ce que d’aucuns appellent montagnes en parlant de mes peintures, c’est ce qui m’anime et me tient éveillé. Malgré les apparences, je ne peins pas la montagne. Ce motif n’est qu’un prétexte », disait-il. « Ce n’est pas un paysage que je peins, c’est une confrontation. Avec les éléments, le rocher, le vide, le vent, le temps, avec soi-même ».

Il se consacre cette fois à des « figures faillibles » qui vous surprendront mais je préfère lui laisser dire son art.

« Chercher les traces d’une certaine étrangeté
Privilégier l’aléatoire à la logique
Préférer l’errance au chemin visible
Se sustenter de solitude
Approcher la fragilité
Créer la tension
Chercher la limite
Etre incisif sur le geste
Anticiper les effets, apprécier les contrepoints
Quand il pleut rester à la pluie
Se laisser porter par la trace du vent
Penser comme l’arbre, sans impatience
Libérer l’espace
Rester attentif à l’éphémère
Fixer l’instant
Peindre comme on écoute en prenant le temps
Laisser vivre les traits en toute quiétude
Prendre l’air »


Michel Graff vous entraîne au cœur de l’Abstraction lyrique, de touche en touche et de vibration en vibration issues d’une palette intense et de compositions étonnantes de robustesse et de sérénité.

« Comme tous les enfants j’ai dessiné et ne me suis jamais arrêté », dit-il. « Pourquoi je peins encore ? Quand je me pose la question je n’ai pas de réponses très précises, j’en ai besoin c’est tout.

Lorsque je commence une toile aujourd’hui je me lance un défi, je suis en conflit avec elle. Je sais que j’arriverai à la maîtriser mais je ne sais pas quand et comment.

Je peins pour moi et je suis comblé quand une personne prend du plaisir à regarder ma toile. Ainsi se créent des relations complices. Peut-on vivre sans Art ? Oui mais tellement moins bien. »

Michel-Graff-Le-cancre fou
Michel-Graff-Vanité

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F-Malbreil-Nuages3

De l’autre côté de la fracture de plus en plus fragile entre abstrait et figuratif, s’avance François Malbreil.

Pour aussi fier qu’il soit de s’inscrire dans l’histoire de la peinture figurative - « Je peins pour les vivants mais aussi pour les peintres défunts que j’aime », confie-t-il - il ne faut surtout pas réduire ses peintures, lithographies ou gravures à une accumulation de scènes, de paysages, de personnages. Ce serait passer à côté d’une œuvre si vraie, si sincère, si cultivée, si riche de techniques issues des merveilles de l’histoire de l’art.

François Malbreil est un peintre de la lumière, et donc des ombres. Chacune de ses œuvres suggère une histoire sans jamais tomber dans l’anecdote ou la performance technique. Il a peint le monde, de Madagascar aux terres australes.

La série que présente aujourd’hui la Galerie cachée est consacrée à la glace, à l’eau et ciel, aux engins et aux hommes des bases scientifiques françaises de l’antarctique où il a effectué plusieurs séjours.


Christian Perrier se revendique aussi de l’abstraction mais reconnaît qu’il lui “arrive d'esquisser des figures végétaux anonymes, ustensiles approximatifs, architectures improbables. Pour aussitôt vouloir les défigurer, les déformer, les abolir, les raturer”, ajoute-t-il. “Pour éviter l'image. Parce que l'image enferme, bride l'imaginaire, sombre dans l'anecdote, la littérature. Pour permettre le vagabondage du regard il me faut donc gauchir le trait, égarer la couleur, brouiller les formes afin que naisse l'ombre d'un doute sur ce que l'on a cru voir. Que le désir vienne de cette faille. »

Christian-Perrier-Lueur
Christian-Perrier-Pommes-vagues

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Tristan-Ra-Les-toits-de-Venise

Tristan Rà est un peintre voyageur. Jeune homme, il a quittté sa ville natale de Montluçon dans le centre de la France à la recherche de la couleur et de la lumière et n’a jamais cessé de les poursuivre.

Ses dernières escales ont été à Venise, Istanbul et en Iran où il a posé son chevalet à Chiraz et Ispahan.

Les tableaux présentés à la Galerie en témoignent. « Après ces trois dernières années passées entre Venise et Istanbul pour conter ce fabuleux échange entre les deux cités, je voyais enfin un vieux rêve devenir possible », dit-il.

« Il y a quarante ans j'avais lu, déjà fasciné par l'Orient, le récit de voyage de Pierre Loti sur son périlleux voyage à Ispahan. Il avait acheté des chameaux, des chevaux, des mercenaires et beaucoup de courage pour faire le voyage à travers les montagnes du golfe persique jusqu'à la mythique cité de Ispahan … Son arrivée sur la grande place Naghsh-e Jahan et le bleu si particulier des mosaïques recouvrant les coupoles et les minarets m'était resté gravé ! Je me suis installé là, dans ce rêve devenu réalité pour peindre des toiles de ce bleu turquin si particulier. » 


Entre peinture et sculpture, la Galerie cachée a réuni deux artistes, Nathalie Culot et Yann Masseyeff.


Peintures-sculptures, sculptures-peintures ? Les œuvres de Nathalie Culot intriguent, interpellent, font rêver, méditer. Pour comprendre son travail, il faut parler d’une formation aux Beaux-Arts de Paris puis de la découverte d’une matière, le carton, venue se greffer à un sujet d’inspiration profonde, l’arbre et enrichi par des effets de peinture acrylique.

« A l’origine de mon travail. Il y a la fascination qu’exercent sur moi les arbres. Ils sont symboles de vie, source d’oxygène et d’équilibre climatique, ils portent les traces de la mémoire du temps qui passe », dit-elle.

Le carton « renvoie au cycle de vie arbre-papier, Il nous amène à repenser un monde où le futile doit être utile et où le consommable ne présente plus d’intérêt », précise-telle. « Il s’agit ainsi de créer en revenant d’où on vient, de se rappeler à la nature et au vivant. Travailler dans la matière même et s’y perdre ».

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Nathalie-Culot-Sans-titre1

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Yann-Masseyeff-Serie-Alcove

Pour Yann Masseyeff  « "Alcôves" est un univers homogène dans lequel chaque élément a sa singularité, sa propre autonomie. C'est un peu rentrer dans l'univers de chacun de nous. A notre image nous sommes si semblables et si différents. C'est une façon de s'approprier l'intimité d'un espace clos. "Point de vue" est une manière de prendre conscience que notre vision des choses est liée à notre champ de vision. La manière de regarder le monde dépend de notre situation. La même chose a forcément un nombre important de différent point de vue. » 


Sculpture


Nadine Debay dialogue avec la sculpture depuis 1990. « Je tente toujours d’exprimer dans mes silhouette venues d’ailleurs la beauté, la joie, la sérénité la complicité ».

Un premier groupe de ses sculptures fondues au Burkina Faso est issu d’une série consacrée aux dieux et déesses, gardiens et prêtresses qui, dit-elle, « depuis l’aube de l’humanité, ou presque, peuplent les croyances de l’homme ».

Un second groupe est voué aux « Nonchalants » et Nadine Debay l’écrit ainsi :
« Vivre le quotidien…
Rien de plus simple et rien de plus complexe..
Trouver sa place, sa juste place, sans en prendre de trop..
Aller de l’avant et prendre le temps d observer les gens..
Vivre pleinement l’instant présent, l’’instant précieux, qui à chaque seconde nous rend vivant et si possible heureux… »

Nadine-Debay-En-attendant-le-bal
Nadine-Debay-Le-grand-Raymond

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Jean-Patrice-Oulmont-La-foret-2-Chene

Jean-Patrice Oulmont. On ne saura jamais qui de la veine du bois ou de la main et des outils du sculpteur a fait naître les œuvres, délicats feuilletages ou blocs à la limite de l’abstrait, mais elles apportent à celui qui sait les regarder sérénité, apaisement et poésie.

« Je poursuis depuis plus de 25 ans mon travail de sculpture », dit-il. Dès le début j’ai commencé à utiliser le bois en étant bien conscient qu’à travers lui, matière à sculpter, c’est de l’arbre dont je voulais parler. L’arbre comme fil conducteur, l’arbre comme l’inspirateur de ma recherche. J’avais envie de parler du vivant, de la façon dont il me touche, me fascine, et c’est grâce à l’image, la proximité de l’arbre que j’ai pu le faire. Il représente pour moi, parmi les êtres vivants un représentant essentiel pour l’homme, un être majeur très évolué à la fois si proche et si différent. J’aime interroger cette relation et sans cesse la reconstruire, en essayant d’y restituer par mon travail le sentiment d’une présence en délicate simplicité. »


Céramique


J’aime la terre. Je la modèle à la main en créant des formes simples, autour du vide.

Le long polissage des céramiques crues, à la pierre d’Agate est un geste qui s’inscrit dans une patience minutieuse ; offrant aux formes la douceur d’une patine, celle du temps, d’un silence.

Le feu, de sa force et sa caresse, transforme l’objet et lui permet des métamorphoses magnifiques.

Les fours primitifs et éphémères que j'utilise me permettent d’être dans une approche empirique et sensible, au plus proche de l’imprévu. Cette cuisson au bois révèle les terres, elle offre des traces de flammes subtiles, des enfumages qui épousent les rondeurs, notamment sur les vernis d'argiles « Sigillées » élaborées avec de très fines argiles décantées. Pour épouser les formes je crée des enfumages, des décors de fumée inspirés des analogies que je trouve dans le monde minéral, végétal, animal…

J’essaye d’être dans le geste, de m’imprégner de la forme et de sa dynamique, d'être à l’écoute d’une harmonie silencieuse qui se passe dans la rencontre Terre-Feu, et de capter un peu d'imprévu tout en laissant l’instant raconter des histoires.

Ces formes en recueillement accueillent le Vide, le Plein. Chacun peut se l’approprie avec son histoire.

Manon Berthellot, céramiste.

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Manon-Berthellot-Sculpture-sigillee-rouge-enfumee

Gravure


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Melissa-Tresse-La-caravane-passe

Melissa Tresse après avoir consacré les premières années de sa vie d’artiste à la peinture, a éprouvé le désir de découvrir de nouvelles techniques, de Tunisie, au Mali en passant par les Beaux Arts de Nîmes et ceux de Luxun en Chine.

Aujourd’hui, elle nous offre la poésie, l’humour, la rêverie, de ses estampes où se côtoient, cohabitent même humains et animaux dans une allégorie permanente.

« L'estampe me permet de développer le caractère graphique et narratif de mon travail, de construire un monde fourmillant et minutieux qui émerge sur le papier, laissant la trace d'une bribe d'histoire étrange et drôle à la fois », explique-t-elle.

« Ma recherche graphique se base sur les rapports formels et surtout sensibles qui s'établissent entre l'humain et l'animal. Je suis fascinée par l'incroyable mixité du vivant et le potentiel de formes qu'elle recèle. En dessinant, je tente de suggérer plutôt que définir avec précision la nature étrange des corps représentés, tout en gardant une grande spontanéité dans l'écriture graphique. Le mythe et la fable sont pour moi comme un langage vivant qui me sert à interroger le présent. »


Photographie


L’œuvre de Guy Lucas de Peslouan est le fruit d’une communion entre un photographe professionnel spécialisé dans le luxe de la haute horlogerie et la haute joaillerie (www.artsight.fr) et un grand amateur de musique et de jazz.

Les œuvres que nous présentons sont un échantillon de quatre ans de plaisir sans contrainte vécus dans la fosse du grand chapiteau du Festival de Marciac où il a réalisé près de 1500 clichés.

« Le jazz est en mouvement, un mouvement perpétuel. Les notes dansent… les sons volent, vibrent et nous révèlent l’immense richesse de cette musique. Les musiciens font corps avec leurs instruments, formant un tout, une osmose parfaite. Un mouvement complice et vivant. Un unisson pour une plénitude musicale», dit-il.

« Et puis soudain, une rupture, un break. Le musicien et l’instrument se séparent, se fuient parfois même. Puis le bal reprend ; la relation est de nouveau fusionnelle, intense et magique (…) le mouvement s’intériorise, devient plus intime, plus personnel ». « 

C’est cette dualité de mouvements que j’ai voulu retranscrire à travers ce travail photographique. Ces mouvements, intérieurs et extérieurs, se complètent, s’harmonisent, jouent et vivent. Associés à la musique et à la sensualité des musiciens, ils forment un tout : le Jazz. » 

Guy-Lucas-de-Peslouan-Concert-Kenny-Barron-David-Sanchez
Guy-Lucas-de-Peslouan-Concert-Terrasson