Le Blog de Jean-Paul Couret

Pistes de décembre

 

Le temps pas si éloigné des « Petits chefs d’œuvre de Noël » est révolu. La Galerie cachée ne fera pas partie cette année du grand festival artistique de décembre. Pourtant, si les boutiques sont en surchauffe, si les « marchés de Noël » s’entrechoquent et même si elle est en exil à Paris, exil volontaire et provisoire, je vous rassure, la Galerie se permet de vous présenter quelques lieux de recherche, découverte et offre de cadeaux uniques en qualité et modestie des prix avec en prime un encouragement à de vrais artistes.

Nous resterons en Ariège.

Dans la vallée de la Lèze, le Carla-Bayle vous attend avec deux événements majeurs.
L’Association La rue des Arts organise sa désormais traditionnelle exposition Cent centimètres carrés (6e édition).
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Deux cents artistes exposent de 7 à 15 œuvres chacun de médium indifférent sans sélection et avec pour seule contrainte le format et le respect de l’accrochage effectué par l’association Rue des Arts.


Prévoyez du temps pour la dégustation de ce florilège et le choix de vos œuvres préférées. Vos finances ne devraient pas trop souffrir.

Toujours au Carla-Bayle, à quelques dizaines de mètres de la Galerie du Philosophe et de la place de l’Europe, vous aurez une deuxième chance de voir ce que peut être un art de qualité mais à l’échelle humaine.
Cela se passe à la Galerie de l’Hirondelle où se tient les week-ends de décembre à partir du 9 et jusqu’au 24 « Rouge expo » qui regroupe « 12 artistes en rouge ».

Optimized rouge expo

Là encore, prenez du temps et prenez soin de vous d’autant que d’autres galeries du Carla seront ouvertes dont celles de Tristan Rà et de Christoph Kovel.
Et n’oubliez pas que l’auberge Pierre Bayle est chaleureuse et gastronomique.

 

 

 

 

 

De l’autre côté de l’Ariège, à Mirepoix, Monique Le Minez célèbre aussi les miniatures avec l’exposition « Petits formats pour un grand décembre ».
Dix-neuf artistes de la région ou d’ailleurs ont accroché au mur de sa Galerie  « La Porte d’Amont» quatre œuvres chacun au format de 30 x 30 cm dans tous les styles, supports et matières et dans une ambiance conviviale et décontractée que vous n’oublierez pas sauf si Simon de Monfort se manifeste.

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Tous les jours jusqu’au 19 décembre de 15h00 à 18h00.

Poussez ensuite jusqu’à la Galerie L’Impénitente - 40 rue des Pénitents-Blancs. La Baronne réserve parfois de vraies surprises.
Et si vous la rencontrez à la Porte d’Amont ou sous les Couverts, n’oubliez pas de lui donner mon bonjour.
Prenez soin de vous.
 

Truphemus ou le mystère de l'intime

 Truphémus, peintre de l’intime et de la discrétion, de la pudeur, d’une éternelle brume qui mène  de la réalité à une abstraction rêveuse, a abandonné sa palette toute en douceur et en nuances. Il a quitté ses personnages indéfinis dans des scènes de bistrots et de bouchons lyonnais. C'était le vendredi 8 septembre et bien faible en a été l'écho.

Optimized la belle servanteLa belle servante - 453 x 451 - 

Provincial, enraciné à Lyon et dansles Cévennes, toujours fidèle à une lignée de peintres qu’avait incarnée avant lui Pierre Bonnard auquel il avait dédié son œuvre, il allait avoir 95 ans.
Un autre peintre, d’une autre école, d’une autre génération, l’inquiétant et pour certains sulfureux Balthus, lui avait adressé un magnifique hommage dans une lettre datée de 1986.
"Vous appartenez à une espèce en voie de disparition ! Vous voyez en peintre. Et vous vivez à travers votre peinture. Vous appartenez à la lignée de Morandi et certains de vos paysages me font penser à Giacometti - tout en étant essentiellement Truphémus - c'est-à-dire unique. Sachez tout de même que je vous suis reconnaissant d'être vous" », écrivait-il.
Que dire de plus sinon vous conseiller d’aller voir ses œuvres.
 

 

Artistes amis

 François Malbreila reçu le prix Henri Martin de peinture de l’Académie du Languedoc, ce mardi 26 octobre, au siège du Conseil départemental de la Haute-Garonne.

François Malbreil a couru le monde et l’a peint de l’Antarcique à l’Océan indien. Ses ateliers se trouvent à Toulouse et en Ariège.
Sa peinture est et a toujours été figurative même au temps de l’abstraction-reine d’avant-hier, du « conceptuel » d’hier et du fatras d’aujourd’hui.
Optimized affiche tim site courrielAu premier coup d’œil apparaîssent sur ses œuvres une vision et une technique empreintes de vérité, de sincérité, de respect pour ses sujets, paysages ou personnages. Pour l’histoire de l’art aussi.
Il y ajoute une touche supplémentaires. Les scènes qu’il présente sur ses toiles, gravures ou lithographies ne tombent jamais dans l’anecdote. Ses œuvres ne vous disent pas tout au premier regard et elles ne vous le diront jamais sauf si vous jouez votre rôle de clairvoyant.
Et puis il y a la lumière et c’est peut-être cela le secret de sa peinture, la lumière et ses corollaires, les ombres.
« Le lien qui unit les oeuvres demeure la lumière », dit-il. « Sa nature, son éclat et son intensité varient au fil des heures, des latitudes et des années mais la lumière ne quitte jamais l’esprit du peintre. La peinture est art de la lumière ».
Célébrer ce nouvel hommage rendu à François Malbreil est un plaisir d’autant plus grand que La Galerie cachée a le plaisir de l’avoir accueilli sous les Couverts de Mirepoix pour une exposition personnelle à l’été 2016. 
Et pour mémoire, son prédécesseur parmi les lauréats de peinture de l’Académie du Languedoc était aussi un ami de la Galerie cachée, Tristan Rà, autre peintre voyageur et prince de la couleur, installé au Carla-Bayle, en Ariège.

Jean-Paul Couret

 Felip Costes poursuit son tour des galeries d’Occitanie et d’ailleurs à Lauzerte dans le Tarn-et-Garonne.

Sur le thème « Ailleurs… Voyages incertains… », Optimized costesil présente ses « confrontations avec la montagne » à « l’Espace Points de vue » aux côtés d' Anne de Chabaneix, peintre, Manon Damiens, sculptrice sur métal et Guy Frédéricq, sculpteur.
Jean-Paul Couret


 

 

 

 

 

 Sylviane Perret et Manon Berthelot.
Qu’on se le dise, la céramique n’est pas un art mineur. Les Allées Céramiques de Toulouse sont passées les 23 et 24 septembre mais vous pouvez vous rattraper en vous rendant au colloque et à l’exposition "La sculpture céramique - expression contemporaine" qui se tiennent à Giroussens, dans le Tarn, du 6 octobre au 31 décembre dans le cadre des 3èmes Journées Internationales Céramiques de Giroussens.

www.terre-et-terres.com.
Optimized giroussens

 Michele Duchene et Manuel Martinez ont quitté leur galerie du Carla-Bayle, en Ariège, pour présenter à Biarritz, à la Galerie d’art Anne Broitman, l’une ses sculptures en papier mâché, l’autre ses toiles.

«  Le travail de la terre Optimized duchene martineznécessitait une logistique lourde quant à la cuisson des pièces. Le papier m’a libéré de tout ça… Le soleil et le vent sont les seuls éléments dont j’ai besoin désormais pour finaliser mes sculptures. Ici, dans le sud j’ai un four grandeur nature et j’en profite », dit l’une.
 « Trop de peintres, perdus dans le souci d’une contemporanéité à tout prix, honteux de paraître rétrogrades ne peignent plus. C’’est avant tout l’amour des tableaux qui m’a fait venir à la peinture et je tente de ne pas l’oublier. En fait, je me sens profondément peintre », dit l’autre. « Ce petit bonhomme que les premiers hommes représentaient sur les parois des cavernes, c’est lui que je continue de peindre !”
Jean-Paul Couret

 

Quatre Galeries

L’équipe de la Galerie cachée à découvert quatre galeries pendant ses escapades de l’été. Je me permets de vous les recommander.Le prochain numéro viendra sans doute de Paris où le blog se déplace jusqu’à la fin octobre.

La galerie L’impénitente a, en quelque sorte, pris le relais de La Galerie Cachée à Mirepoix à l’initiative de Geneviève, dite la Baronne" et de l’association L’œil vif conçue par Constance de Mauvaisin et Matthew Hilton.
Pour sa sixième exposition, elle présente les œuvresde Ole Bendik Madsø Optimized Impénitentepeintre, sculpteur et maître verrier autodidacte,
Né en Norvège en 1941 à presque mille kilomètres au nord du cercle polaire, l’artiste s’est installé en France en 1993 (Calvados, Cévennes, Aude).

Depuis 2000, il travaille principalement comme artiste peintre et créateur de vitraux. Ses sources d'inspiration les plus influentes se trouvent dans l'art du Moyen Âge et le travail des constructivistes russes (les suprématistes).
www.facebook.com/genevieve.labaronne

 La Galerie 21 a exposé pendant l’été deux artistes que la Galerie Cachée a eu le plaisir de présenter, Christian Perrier et Michel Graf.

Elle affiche du 4 au 28 octobre les œuvres d’Evelyne Delfour, artiste qui travaille à Toulouse et dont la technique de prédilection est l’aquarelle.Installée dans le centre ancien de Balma, près de Toulouse, la Galerie 21 a pour objectif d’offrir une vision personnelle sur l’art. Elle présente des artistes sélectionnés par un comité composé d'artistes renommés de photographes, de galeristes, et bien sûr d'un « candide », afin de valider toujours le plus justement possible.
Optimized galerie balma

https://galerie21-toulouse.fr


La galerie L’Etang d’Art
se cache au cœur du village de Bages construit sur un éperon rocheux qui domine les étangs du littoral audois. La galerie a pour originalité d’avoir une artothèque qui loue les tableaux de ses artistes.
http://www.letangdart.com/
Elle présente les œuvres de Geneviève Boussouar et Fabienne Laheurte du 30 septembre au 15 novembre.
Optimized etang art« A la limite de l'abstraction, chaque toile, estampe ou photographie est une invitation à recréer son propre paysage sensoriel » dit Geneviève Boussouar, artiste d’Auvergne-Rhône-Alpes sur son site internet www.genevieveboussouar.com
Elle travaille selon « un long processus de création fait de construction, de recouvrement et d'effacement «.
« Des strates se forment additionnées de charges minérales et de pigments jusqu'au tissage de l'épiderme de la toile. Celle-ci peut être tour à tour légèrement poudrée, brute, écorchée, lustrée....évoquant les plis froissés d'une étoffe, les vibrations de l'eau, le cuir patiné, ou le mur altéré par l'empreinte du temps ».
Fabienne Laheurte crée des céramiques d’art en pièce unique. Elle trouve son inspiration dans ses voyages. Après avoir vécu plusieurs années au Kazakhstan, séjourné en Chine, Inde…
Son goût la porte vers des objets épurés, des formes, des visages et des motifs que l’on peut retrouver dans la culture de ces différents pays d’Asie centrale.

 La Galerie Poulet de Gruissan n’a pas pour originalité que son nom hérité de son fondateur Robert Garcia, dit « Poulet » né en 1947, créateur de l’association Nuances, Formes, Langage en 2002,, et décédé en en 2012, personnage atypique peintre, sculpteur, écrivain, poète, globe-trotter.
L’association et la Galerie lui ont survécu. Forte d’un espace qui ferait rêver bien des galeristes, Elles présentent des expositions de groupe. La semaine dernière, elles accueillaient notamment la série "Planètes -Terre" du céramiste Loul Combres. Une très belle découverte.

Optimized loul combres
La prochaine exposition débutera le 7 octobre et s’achèvera le 5 novembre.
www.ville-gruissan.fr/espace-d-art-contemporain-poulet-de-gruissan-exposition-874
http://www.loulcombres.fr/fr/bienvenue.html

 

Oleg Tselkov: La quête du visage de tous les visages

Il est des peintres, des artistes, amis de toutes les muses, connus ou inconnus, que l’on reconnaîtra toujours après avoir vu, entendu, perçu leur œuvre pour la première fois.

Oleg Tselkov est de ceux-là.
Pour ceux qui n’ont pas encore rencontré son œuvre, et pour les autres car les sorties de ses oeuvres sont rares, la Galerie Shchukin présente à Paris du 14 septembre au 21 octobre une "exposition solo" de cet artiste russe.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=6&v=LipDUdDL9p4
Video: Galerie Shchukin - Vladimir Khrapovitskiy - Mise en ligne le 11 sept. 2017 sur www. youtube.com

Mais qui est Oleg Tselkov ?
Du temps où la Galerie cachée tenait cimaises sous les Couverts de Mirepoix, j’avais coutume de dire aux visiteurs que le plus important était qu’ils s’approprient les œuvres, leur donnent une seconde vie en tant que "regardants".
Imaginez qu’Oleg Tselkov ait posé ses toiles en Ariège pour une exposition à la Galerie cachée.
Regardez, que voyez-vous ?

Optimized trois masques
le cavalier
                                                                        Le cavalier - Huile sur toile - 1200 x 824 cm - 1998 

Optimized theatre                                                                          Théâtre - Huile sur toile - 250 x 187 cm

Sous le Grand Couvert, la discussion se prolongeait parfois au gré des goûts et des curiosités. Elle se terminait presque toujours sur la question "Et vous, que voyez-vous" ?

Le site www.lagaleriecachée.fr (ou cachee.fr sans accent) sera toujours heureux de recevoir vos commentaires mais dans le temps réduit et la froideur du virtuel, comment décrirais-je les œuvres d’Oleg Tselkov ?
Ces portraits de visages massifs, ces crânes chauves, ces yeux en amande et aveugles ou presque, ces nez difformes, ces bouches aux lèvres étroites scellées ou ouvertes sur des mâchoires édentées ou des cris ?

Que dire de ce sentiment d’une uniformité et d’une muscularité menaçantes?
Et que dire de ces couleurs, étranges, parfois vives, voire brûlantes, des ombres et des fonds au contraste profond ?
Comme souvent, la biographie de l’artiste apporte un complément d’information.
Elle nous apprend qu’Oleg Tselkov est né le 15 juillet 1934 dans la région de Moscou, dans ce qui était alors l’Union soviétique et dans une famille d’intellectuels.
Il a fait ses études secondaires à Moscou puis est parti pour l’Institut des Arts de Minsk et l’Académie des Arts de Leningrad. Il a été expulsé à chaque fois pour « raisons idéologiques », en d'autres termes refus de se plier au "réalisme socialiste". Il a bouclé ce cycle avec le diplôme d’artiste et technicien du théâtre de l’Institut du théâtre et du cinéma de Leningrad en 1958 (source site www.moscowart.net).
Sa première exposition a eu lieu en 1966. Deux jours après son ouverture le KGB l’a interdite comme « idéologiquement inacceptable ».
Entre-temps, l’œuvre et la vie d’Oleg Tselkov avaient basculé.
C’était un jour de 1960, il traça sur une toile un portrait à deux visages et dit le tenir pour sa "première œuvre significative".

Optimized portrait
                                                                   Portrait à deux visages - Huile sur toile - 1960 - 250 x 357 cm

Il eut la révélation que ce n’était pas le portrait d'un visage comme un autre, plus ou moins beau, plus ou moins reconnaissable mais que c’était le visage de tous les visages. Le visage de l’homme universel.

"Depuis (…), jour après jour, je peins mes innombrables toiles, l’une après l’autre. Parfois, quelque chose change, avec le temps, la lumière ou l’obscurité (…) Mais toujours, toujours ! Ces visages, ces portraits de visage se répètent", déclare-t-il à longueur de ses rares interviews.
La petite histoire que rapportent les catalogues d'exposition et les revues d'art veut qu’Oleg Tselkov se soit retrouvé confiné dans une pièce de neuf mètres carrés où il ne pouvait voir entièrement ses œuvres de grand format qu’en tenant des jumelles à l’envers mais n'a jamais cessé de peindre.
En 1977, il est expulsé d’URSS et vient s’installer en France où il vit toujours dans la plus grande discrétion, et presque dans l’indifférence, alors qu’il est adulé en Russie.
Depuis des années, tous ceux qui se sont intéressés à son œuvre ont tenté de l’analyser.
Les renvois aux masques - africains et masques de tous les arts premiers - sont fréquents.
Nombreuses aussi sont les références à la dénonciation de l’ex-Union soviétique, de "l’homo sovieticus" déshumanisé.
"Naïf et loin de la vérité", a répondu la fille adoptive d’Oleg Tselkov, Olga Schmitt, sur France Inter dans l’émission "Le Grand atelier" le 3 septembre dernier.
"Il dérangeait énormément parce qu’il n’était pas dissident, ce qui peut paraître paradoxal. Dans le formulaire qui accompagnait son expulsion la raison était ‘asoviétisme’ ce qui est assez rare", a-t-elle précisé. "Il disait toujours que la dissidence était une façon de mener encore le dialogue avec les pouvoirs".
Si on sort des analyses politiques, certains prennent la piste d’autoportraits anticipés et mettent en avant une photographie d’Oleg Tselkov.

Optimized photo                                                                           Photo site http://www.ladamedepique.ru
                                                                                    © Nicolas Hidiroglou

D’autres invoquent le Sots Art, dérivé du Pop Art américain pour désigner à partir des mots art et socialisme un art anticonformiste réduit à des expositions privées et plus ou moins clandestines dans des appartements de Moscou, dans les années 70.
Les tenants de l’expressionnisme européen du XXe siècle revendiquent Oleg Tselkov. C’est compréhensible.
Ceux de l’Art Brut aussi. Ils le font au nom des principes de révélation, obsession, désintérêt pour le monde extérieur énoncés par Jean Dubuffet dans sa définition de l’Art Brut en 1949
Manque, bien sûr, le principe "d’œuvres réalisées par des personnes indemnes de toute culture artistique" et donc libres de toute influence. Concept tout aussi cher à Dubuffet qu’à André Breton et aux surréalistes.
Olga Schmitt semble cependant aller dans le sens de l’Art Brut lorsqu’elle dit : « Je pense qu’il y a (chez Oleg Tselkov) une sorte de folie mais une folie extrêmement douce ».
"Cet homme ne sait pas qui il est (…) Il ne se soucie pas de ce que vaut une œuvre, de ce que représente une œuvre . Cet homme ne sait pas qu’il est cet immense peintre. Il ne sait rien de lui en dehors de ce qu’il vit quotidiennement avec sa compagne"».
Le terme favori de ses exégètes, et sans doute le plus confortable, est qu'Oleg Tselkov était "anticonformiste".
L'artiste ne se laisse pas classer aussi facilement.
"Les anti-conformistes russes n’étaient pas un mouvement artistique. C’était un mouvement social qui, d’une certaine façon protestait contre le régime communiste", dit-il dans une interview accordée à Russian Art+Culture avant une exposition à Londres en 2014.
Et quand on lui demande qu’elles ont été ses influences, il affirme: "Je pense aujourd’hui que je n’ai jamais eu de précurseur ou de professeur. Il n’y a aucune personnalité dans le monde de l’art dont j’ai eu envie de suivre l’approche".
"Je peux dire que j’ai créé quelque chose qui n’a pas été fait avant moi", précise-t-il.
Il reconnaît avoir étudié des images du Bouddha créées par le peuple Khmer et avoir été touché par l’art antique égyptien puis vient, peut-être, le moment de vérité : "Ma rencontre avec les œuvres de Kasimir Malevitch a été un des moments les plus chargés de sens de ma vie (…) Ses œuvres m’ont parlé (…) Je pense que je suis un enfant de Kasimir Malevitch".
Allez-vous faire une opinon en allant voir ou revoir l'oeuvre d’Oleg Tselkov.
Et prenez soin de vous.

Gallery Shchukin 4 Avenue Matrignon 75008 – Paris 
Tél :+33.1.45.61.25.63 
Courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 
www. Galleryshchukin.fr
New York 110 E 31st St, New York, NY 10016 
Tél : +1 212-929-7222 
Courriel : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
www. Galleryshchukin.fr


Rétrospective David Hockney - Une vie de métamorphoses

Du Yorkshire à la Californie et retour et avec escapades, David Hockney affiche depuis des décennies une exubérance, un anticonformisme, une créativité, une curiosité, un souci de la nouveauté qui lui ont évité les trop longues séries à la limite de la répétition et de l’auto-plagiat.
Il a eu 80 ans le 9 juillet et les grands musées de Londres, Paris et New York ont décidé que 2017 serait l’année de David Hockney et se sont unis pour  le saluer comme le plus grand artiste vivant.
Optimized afficheCet hommage est scénographié au fil du voyage d’une Rétrospective qui a couru de la Tate Britain du 9 février au 29 mai, s'est emparée des cimaises du  Centre Pompidou du 21 juin au 25 octobre et s'installera au Metropolitan Museum of Art du 27 novembre au 25 février 2018. 
David
Hockney méritait-il pareil honneur qui fait de lui l’égal de Picasso, de Cézanne, de Bacon, de Lucian Freud et de tant d’autres pour ne parler que des modernes ? A votre liste… 
Soixante ans après la vente de son premier tableau lors d’une « Yorkshire Artists Exhibition » à la Leeds Gallery ("Portrait of my Father"), le Centre Pompidou présente 160 œuvres de l’artiste britannique.
L'accrochage est fluide. Chronologique Et il mérite d'être suivi. Dans les salles hautes du musée percées de meurtrières ouvertes sur les toits et les monuments de Paris, il laisse respirer et dialoguer les oeuvres  d'un artiste qui s'est confronté à tous les courants de son temps mais n'a jamais fait allégeance à aucune chapelle, pas même le Pop Art n'en déplaise à certains.

portrait of my father                                                                        "Portrait of my father"-1955-Huile sur toile-51x40,5cm-
                                                                                     The David Hockney Foundation
Pour Didier Ottinger, commissaire de l’exposition à Paris, l’œuvre de David Hockney «a deux piliers, Matisse d’un côté et Picasso de l’autre ».
« Matisse, c’est la couleur, le plaisir, c’est le peintre de la joie de vivre, un projet qui appartient aussi à David Hockney. Picasso, c’est l’investigation, l’expérimentation formelle, la recherche de nouveaux espaces, l’engagement de l’artiste dans le monde de façon presque tactile », précise-t-il.  «Quand on relie les deux, on a cet artiste anglais ».
Tout commence à Bradford dans l’Angleterre industrielle des années 30 où David Hockney naît en 1937 d’un père qui sera objecteur de conscience pendant la Seconde Guerre mondiale et la paix revenue peignit des couchers de soleil sur les portes de sa maison.

Optimized eccleshillLes couleurs de la ville du jeune Hockney sont pourtant le noir, le gris, le vert sombre avec de rares touches de blanc sale. 
Sans surprise, les élèves de la Bradford School of Art qu’il intègre sont orientés vers un succédané du réalisme soviétique.


 "Eccleshill"-1957-The David Hockney Foundation

Optimized selfportrait

 Matisse, Bonnard, Kandinsky, Malevitch sont loin. Inconnus. Un autoportrait laisse pourtant penser que quelque chose couve.
A 17 ans, Hockney se représente sur fond de papier journal. cravate jaune, écharpe rouge, 
veste bleue, ébauche de moustache, lunettes rondes. Leur monture noire se colle à la lourde frange brune. Le regard est noir, lui aussi, et perçant.

Un dandy est né.



 
Self Portrait)- 1954-Collage sur papier journal-41,9x29,8-cm 
Bradford Museum and Galleries

Optimized photo hockney pompidouCes lunettes le suivront toute sa vie. Il les portait en juin 2017 lorsqu'il a posé, comme toujours tiré à quatre épingles, devant un de ses "Doubles portraits" avant le vernissage de sa Rétrospective au Centre Pompidou.
Tableau: 
"American Collectors (Fred & Marcia Weisman)"-1968 -acrylique sur toile, 214 x 305 cm-Arts Institute of Chicago).
Photo: présentation de l'exposition.


Un passage au Royal College of Art de Londres le confronte à l’abstraction. Fausse piste. Il intitule un tableau « Growing discontent » («Mécontentement croissant »).
Il dira plus tard que son expérience de l’abstraction aura duré «deux semaines», le temps de découvrir que les peintres célèbres de l’époque comme Jackson Pollock étaient  "dénués de toute humanité ». Bradford quand tu nous tiens…
La révélation vient en 1960. David Hockney découvre Pablo Picasso lors d’une exposition à la Tate Gallery.
«J’étais tombé amoureux de Picasso. Ce furent les Picasso des années trente qui m’impressionnèrent tout d’abord. Je me souviens d’être tombé en admiration devant « La Femme qui pleure»
(Pictures by David Hockney –
Ed. Thames and Hudson – 1979).
« J’ai compris que ces toiles des années 30 ainsi que Guernica étaient celles que l’on devait prendre en considération si on étudiait la peinture. C’étaient des toiles d’une importance majeure», ajoute-t-il.
Et lorsque son analyse s’affine, il confie à Carole Naggar dans la revue Zoom en 1974 : 
«(Picasso) pouvait maîtriser tous les styles, toutes les techniques. La leçon que j’en tire, c’est qu’on doit les utiliser tous. Pourquoi se cantonner à un seul petit domaine et l’épuiser en peignant dessus cinquante tableaux ?»
Tout est dit. La voie de l'audace et de la recherche permanente est ouverte.
David Hockney 
va faire vivre,  ou revivre, la peinture figurative et il fallait de la conviction pour le faire à une époque dominée par l'abstraction. Il va faire évoluer sur la trace des grands maîtres de la Renaissance comme Fra Angelico dont il revisitera "L'Annonciation" qui l'avait fasciné enfant. Il cherche, loin de la technique de la pure réprésentation classique.
Il part pour la Californie qui lui inspire des recherches sur l'instantané.
"Je m'étais rappelé Léonard de Vinci. J'adorais toutes ses études d'eau qui tourbillonnent. L'idée de passer quinze jours à peindre un événement qui n'a duré que deux secondes me plaisait énormément." 
"David Hockney by David Hockney-Nikos Stangos-Ed. Thames and Hudson-1976).
Ainsi naît la série des piscines fin des années 6O, début des années 70.

Optimized bigger splash Le tableau "A bigger splash" en est l'oeuvre la plus aboutie IL va devenir un symbole de la Californie et de la peinture de David Hockney.
"Le ciel brillant de Californie aplatit les formes et baigne l'ensemble dans une lumière du jour uniforme et technicolor", expliquera-t-il à la revue Studio international en 1968.
"Ce  monde est le monde de la photographie. Il n'y a aucune continuité et aucun développement possible. La figure dont le plongeon est relaté par l'éclaboussure ne fera jamais surface
en ce monde."
"
La surface de l'eau est la métaphore de celle du
tableau" juge
Didier Ottinger.

                                                                                                                                                                       "A bigger splash"-1967-Acrylique sur toile-242,5  x244 cm-
                                                                                                                                                                     Tate Londres.
David Hockney peindra une dizaine de tableaux de piscines. "A Bigger Splash" donnera son nom à un film de Jack Hazan (1973). David Hockney et son entourage jouent leur propre rôle. Le film se concentre sur un épisode de sa vie, sa rupture avec Peter Schlesinger, un jeune modèle, amant et artiste débutant rencontré à l'Université de Californie à Los Angeles. Un autre tableau devient ainsi mondialement célèbre. Optimized portrait of an artisteAu terme d'un travail qui intègre la photographie et le collage à la peinture, David Hockney représente son amant perdu qui regarde un autre homme, lui-même ? nageant sous l'eau et donc coupé de lui.  Il livre une oeuvre qui prend une valeur sentimentale et narrative. Au crépuscule des Swinging Sixties, ce tableau et le film "A Bigger Splash" font entrer dans l'oeuvre de David Hockney la reconnaissance et la revendication de l'homosexualité
                                                            dans un monde qui va être englouti par le sida.
Portrait of an Artist (Pool with two Figures- 1972)                    
Acrylique sur toile-213,5 x 305 cm-Lewis collection)
"Je crois au pouvoir de l'art. [...] je crois également que l'art peut changer le monde", écrira en 1995 David Hockney. (David Hockney, Ma Façon de voir, ed. Thames & Hudson, 1995).
S
avait-il que le poète espagnol Gabriel Celaya avait écrit « la poesia es une arma cargada de futuro » dans le recueil « De Cantos iberos ».  C’était en 1955, dans un autre temps, dans un autre continent, dans l’Espagne encore franquiste. 

Optimized celia Toujours fidèle à sa volonté d'utiliser toutes les techniques, David Hockney change de registre pour consacrer une partie des années 70 au dessin et à la gravure.
Il ne prend pour modèle que des gens de son entourage ou de sa famille dont sa mère. Après la séparation avec Peter Schlesinger. Celia Birtwell, créatrice de tissus, devient sa muse.
La délicatesse de ses oeuvres les relie aux dessins de Ingres et lorsque la couleur intervient aux pastels de Toulouse-Lautrec et Degas.

"
Celia in Black Dress with White Flowers-1972-
Crayon sur papier-
443,2 x 35,5 cm-
Collection Victor Constantiner- New York
A ses dessins, David Hockney juxtapose une série de portraits à taille humaine, doubles qui plus est, une autre façon de découvrir la personnalité profonde de ses modèles. Toujours les mêmes bien sûr.
«C’est fascinant d’avoir en face deux personnes au lieu d’une. Dans ces doubles portraits, très souvent les personnes se cherchent, essaient d’attraper, de séduire l’autre», confiera-t-il en 1981.
«Cela m’intéresse de comprendre ce qui les unit et très souvent, au moment où j’ai fini de les peindre, je découvre que ce couple n’existe pas, que ces gens de ne sont pas vraiment ensemble» (1981). 

Ainsi est- il suggéré dans le tableau "Mr Optimized clark and percy
and Mrs Clark and Percy". Celia, toujours présente, et Ossie qu'elle vient d'épouser sont représentés dans leur appartement londonien. Le décor est d'un figuratif simplifié, aplati. Ils sont à contre-jour, séparés par une porte-fenêtre ouverte sur l'extérieur. Ils ne se regardent pas. Leurs yeux fixent le centre du tableau, vers le peintre ? vers le regardeur ? vers un ailleurs ? Chacun de son côté.

Mr . and Mrs. Clark and Percy-1970-1971- Acrylique sur toile-213,5 x 305 cm-Tate.
Edward Hopper, peintre américain de l'après-Seconde guerre mondiale (1882-1967) avait ouvert ce chemin de la solitude et de la mélancolie avec des oeuvres dont Nighthawks (1942). Mais fidèle à lui-même,  David Hockney s'offre une variante.

Optimized parc

Son tableau "Parc des sources, Vichy", respecte les thèmes du double portrait et de l'isolement des personnages. Homme et femme sont côte à côte à bonne distance, une chaise vide donne un autre signe d'absence et leur regard se perd au lointain. Une réflexion sur la perspective s'ingère dans le tableau.

Parc des sources Vichy-1970-Acrylique sur toile-214 x 305 cm-Tate
David Hockney prolonge cette réflexion jusqu'à se faire le chantre de la Perspective inversée héritée d'une théorie élaborée par le Russe Pavel Florenski, pope et mathématicien en 1919. En très résumé, la base est que la perspective suit des lignes de fuite vers la gauche et la droite au lieu de converger vers un axe ou un point central, conformément à sa définition à la Renaissance. 
Toutes les techniques, toujours, comme Picasso. David Hockney se lance dans des recherches sur les "Savoirs secrets" des grands maîtres et conclut qu'à partir du XVe siècle Dürer, Ingres, Holbein, Vermeer auraient utilisé des lentilles et des miroirs pour peindre.
Lui-même  réalise au tournant du XXe siècle une série de portraits pour camera lucida.
Modernité oblige, vient ensuite le temps du travail sur Polaroïd, ordinateur, photo copieuse, smartphone puis IPad.
Nouvelle pirouette, David Hockney revient dans son Yorkshire natal armé de ses nouveaux "outils" de travail.
ll s'installe à une croisée de chemins dans des bois et crée la série des « Four seasons – Woldgate Woods » composée de 36 vidéos digitales présentées sur 36 moniteurs de 139 cm formant une seule œuvre de 4 minutes 21 secondes (Collection personnelle de l’artiste).
four seasonsLe Centre Pompidou présente un autre morceau de bravoure, l'oeuvre monumentale "Bigger Trees near Warter or/ou Peinture en Plein Air pour l'age Post-Photographique".
Le tableau est composé de 50 huiles sur toile peintes sur place puis assemblées pour créer une unité de  459 x 1225 cm. (Tate Gallery).

Optimized tress
La Tate Britain est passée à une exposition « Queer British Art 1861–1967 » qui présente des œuvres liées au mouvement LGTBQ – lesbiennes, gays, transexuels, bisexuels, queers. Raté pour David Hockney.
Le Centre Pompidou reste prêt à vous accueillir pour 14 euros, prix du coupe-file sur internet qui permettait en juillet d'éviter toute attente. Le Metropolitan offrira une dernière chance aux retardataires.
Allez prendre une respiration d’insouciance et d’impertinence.
Vous en ressortirez peut-être avec la bouille réjouie et l’esprit libre d’un dandy anglais.
Prenez soin de vous.

La Galerie cachée... Acte deux

La transition sera douce. Sans tapage. Sans vernissage. Le blog va devenir dominant. Il parlera de peinture, de sculpture, de dessin, de céramique, de gravure, bien sûr. Mais sa palette va échapper au cadre des Couverts. Il va s’ouvrir à la littérature, à la musique. Il proposera des rendez-vous, tentera de vous entraîner sur des chemins plus ou moins secrets.

Par amitié pour les artistes qui ont participé à l’aventure de la Galerie cachée et en témoignage de tous les espoirs que Jill et moi avons portés et essayé de faire vivre, le site va conserver les archives des expositions et du blog de l’épisode fondateur. Le virtuel est aussi garant de vie éternelle. Peut-être.

L’ami Tim Akeroyd reste aux commandes du numérique et de la mise en page. Evidemment. Sans lui, la première version du site n’aurait jamais vu le jour et grâce à lui la fin de cette aventure n’aura été qu’une petite mort sous le regard des mystérieuses «Figures» de la Maison des Consuls.

C’était donc un lundi. Un soir de marché. Jour de vie de Mirepoix en toute saison. Drôle de jour pour une cérémonie d’adieux. Quelques amis vinrent à la nuit tombante. Ils franchirent le seuil du 8 place du maréchal Leclerc. A l’intérieur, les dernières lueurs des projecteurs caressaient les œuvres de la «Rétrospective 2015-2016». Des mots amicaux furent dits. Quelques bises claquèrent. Quelques verres se vidèrent. Le rideau de fer tomba. Comptable, notaire, repreneur ont fait leur œuvre. Des bouteilles de vin et des assiettes de charcuterie et de fromage ont pris possession des lieux. Qu’importe. Le passage de Galerie à bar à vin n’est qu’un bien modeste instant de l’histoire de Mirepoix. La Galerie avait bien succédé à un salon de coiffure.

« De hoc alias » comme écrivit Cicéron. Les renouveaux succèdent naturellement aux petites morts dans les miroirs aux alouettes.

Le cadre de la nouvelle aventure est en place. Elle débutera sur une visite de la rétrospective de l’œuvre de David Hockney, temps fort de 2017 à Londres, Paris et New York. Quelques brèves tenteront aussi de titiller vos papilles artistiques plus localement et plus prosaïquement J’espère que vous serez quelques-uns à suivre l’aventure de la Galerie virtuelle et à y participer.

Prenez soin de vous.
Jean-Paul Couret